Nous sommes nous posés les bonnes questions?

Ne serions nous pas tombés dans un postulat qui deviendrait une sorte de croyance politique, une espèce  d'évidence qui serait le résultat inconscient d'une méthode Coué, à savoir que les maux de la Guadeloupe viendraient en grande partie de la dualité, entendant même pour certains du duel Région Département?
N'avons nous pas construit un raisonnement simple, voire simpliste qui consisterait à dire qu'un même territoire ne peut pas être un département et une région, c'est l'un ou l'autre, que forcément l'existence des deux crée des confusions, des complications administratives, des retards de traitement des dossiers, et l'impossibilité de dessiner une vision pour le territoire?
 
N'avons nous pas ainsi intuitivement répondu à la question avant même de l'approfondir?
 

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Ainsi la suppression d'une strate est devenue la solution naturelle et le mot "unique" semble satisfaire un peu tout le monde, comme un mot magique.
 
Magique, car il ferait disparaître la dualité génératrice de dysfonctionnements.
 
Magique, parce qu'il permettrait de se distinguer, d'affirmer son identité en étant  différent du schéma hexagonal.
 
Magique, car il satisfait dans la forme une demande autonomiste qui voit par l'habillage un symbole d'éloignement.
 
Magique, car il semble pouvoir réconcilier mêmes ceux qui étaient adversaires  par le passé sur la question statutaire.
 
En réalité  cette magie sémantique cache quelques différences d'interprétation, source de futurs conflits, et de potentiels freins. Chacun voit cette probable institution unique à travers son prisme idéologique.
 
Nous sommes nous posés les bonnes questions?
 
Nous sommes nous débarrassés de nos préjugés pour appliquer la maïeutique, l'art d'accoucher à partir du questionnement?
 
Ne serions nous pas tombés trop facilement dans quelques calculs politiciens en nous écartant un peu vite de l'essentiel?
 
Je crois que oui, mes camarades.
 
La Guadeloupe a besoin d'institutions efficaces, de rapidité dans les prises de décisions, de simplification pour les administrés, de rationalisation dans l'utilisation des ressources, de direction stratégique, de vision pour l'avenir, de la confiance des administrés.
 
Parmi toutes les questions il y a celle des chevauchements de compétences et pas seulement entre Région et Département, mais entre toutes les collectivités et principalement entre les collectivités existantes et les communautés d'agglomération et les autres.
 
Il y a celle de la maîtrise budgétaire, celle de l'articulation entre les strates, celle de l'adaptation de la fiscalité locale, et on pourrait en citer d'autres.
 
En la fouillant bien on se rend compte que la seule dualité région département ne peut être la cause de tous les maux institutionnels.
 
En l'examinant en profondeur nous remarquons que les causes sont multiples, que les choix de solutions les sont autant. Il y a un panel d'organisations possible, mais aucune d'elles ne portera de véritable solution sans:
 
la clarification des compétences
 
la capacité de s'adapter au contexte local
 
le rapprochement entre les administrés et le centre de décision
 
le pilotage budgétaire par la maîtrise des ressources
 
l'articulation des compétences et des responsabilités entre les strates de collectivités
 
l'expression du caractère archipélagique et de la volonté politique des îles du Sud
 
l'inscription de la Guadeloupe dans le contexte à la fois européen et caribéen à travers sa représentation dans les institutions de la Caraïbe.
 
Nous pouvons très bien avoir une assemblée unique, une collectivité unique, être dans l'article 73 de la constitution ou même le 74 sans jamais répondre à ces exigences.
 
L'assemblée unique ou la collectivité unique ne garantit pas la maîtrise budgétaire,  clef de toute réussite. Elle ne permet pas de facto une plus grande prise en compte de nos réalités. Elle ne rapproche pas forcément  les administrés du centre de décision. Elle n'engendre pas automatiquement notre intégration dans notre bassin caribéen. Si elle fait disparaître les confusions et la dualité Conseil régional, Conseil général, elle n'aplanit pas les difficultés et les chevauchements avec les communautés d'agglomération, et les mairies. Ce n'est pas une recette miracle, c'est une réponse parmi d'autres, mais ce n'est surtout pas l'essentiel.
 
L'essentiel est dans le fond et non dans la forme.
 
Pourquoi aurions nous peur de le dire. Aurions nous peur d'aller contre des idées reçues ou des idées toutes faites?
 
Doutons nous de notre capacité d'expliquer et de convaincre?
 
Ne pas s'obstiner si le contexte qui est autour de nous bouge est une preuve d'intelligence politique, de pragmatisme. Oui nous avions défendu l'assemblée unique, mais aujourd'hui mes camarades nous vous invitons à aller plus loin, à être plus décentralisateur, plus démocratique, plus efficaces, plus rationnels, plus visionnaires, plus pro actifs, pour mieux répondre aux besoins des guadeloupéens.
 
Nous avons besoin rapidement de répondre aux questions qui concernent le développement économique, le chômage, la formation, la délinquance, la solidarité envers les personnes âgées et en situation d'handicap, la transition énergétique, notre intégration dans les instances caribéennes pour développer de nouvelles relations commerciales, intellectuelles et culturelles, la maîtrise de notre biodiversité, l'organisation des transports urbains.
 
Le projet de loi sur l'acte III de la décentralisation est une excellente opportunité, il répond à nos attentes fondamentales, ne ratons pas cette fenêtre de tir.
 
Ce projet parait ambitieux pour ce que nous en connaissons. Il va beaucoup plus loin en termes de responsabilisation et de compétences territoriales que ce que nous avions imaginé par le passé. Il garantit une évolution profonde tout en maintenant le principe de solidarité et de péréquation.
 
L'acte III de la décentralisation,
 
C'est la clarification des compétences,
 
C'est la fin des chevauchements,
 
C'est aussi une meilleure articulation entre toutes les collectivités, Région, Département, Intercommunalité, communes,
 
C'est la possibilité d'une meilleure maîtrise budgétaire par le renforcement du pouvoir fiscal,
 
C'est la capacité d'adapter la norme au contexte local par l'expression d'un pouvoir normatif territorial,
 
C'est la possibilité de donner une direction stratégique, d'exprimer une vision politique du territoire.
 
On nous reprochera de nous adosser à un projet national? Et alors!
 
Ce projet vient d'un gouvernement que nous avons choisi, pour lequel nous nous sommes battus et dans lequel nous sommes. C'est notre parti qui est au pouvoir, nous avons aussi contribué à l'émergence de la décentralisation acte III, c'est le fruit de notre réflexion et de notre travail collectif.
 
Ce projet est éminemment progressiste, c'est un pas certain qui pourrait être fait, tout en respectant la volonté politique des guadeloupéens de rester dans le droit commun. Les lignes vont bouger, il n'y a plus de statu quo, mais un droit commun nouveau qui permettra de renforcer l'expression politique des territoires.
 
La possibilité pour chaque territoire d'exprimer son authenticité, ses particularités, sera possible.
 
La Guadeloupe pourra évoluer si elle le veut, si le peuple le veut, vers une collectivité ou une assemblée unique.
 
A partir du moment où le droit commun règle les questions de chevauchement et clarifie les compétences, une démarche locale pour la suppression de strates perd son caractère urgent et un peu de son essence, à moins qu'elle réponde uniquement à une volonté idéologique. C'est pour cette raison que nous estimons que le focus droit être mis pour être efficace sur le contenu.

Nous pensons qu'il est préférable aujourd'hui d'agir sur le contenu et vite, il y a une fenêtre historique, il ne faut pas la manquer. Si certains pensent qu'ils faut travailler sur le cadre, nous ne disons pas non, mais ça prendra du temps, ça divisera, ça créera des blocages avant d'accoucher une solution. Des exemples en la matière nous en avons. Regardons autour de nous.
 
J'entends des idéologues ancrés dans la démarche symbolique et théorique dirent que la Guadeloupe est en retard. Quel retard? Pendant que ceux qui pensaient aller plus vite vivent des querelles intestines et bloquantes pour savoir comment tailler leur vêtement, nous agissons déjà à la Région Guadeloupe sur le réel, en délibérant sur des normes qui nous permettent d'être dans notre contexte. Ce n'est pas moins de 16 textes que nous avons déjà votés pour réglementer le secteur de l'énergie.
 
Il faut travailler sur le contenu, sur les blocs de compétences et les ressources. Avec des compétences clairement réparties et renforcées qu'est-ce qui empêche l'existence d'un conseil général et d'un conseil régional pour un même territoire? Où serait l'incohérence? Bien au contraire, dans un petit territoire, où tout le monde se connait, il est important d'instituer des contre pouvoirs. Pour éviter les effets pervers de la proximité, deux collectivités, avec le principe des blocs de compétences, accompagné du maintien de la clause de compétence générale bien encadré, certainement, est le meilleur contre pouvoir possible. Il faut  se prémunir à la fois contre les abus de pouvoir et le risque d'inerties. La loi pourrait permettre à une collectivité dans un cadre établi, d'agir dans certains cas en lieu et place d'une autre pour des raisons de nécessité publique. Oui, cela peut surprendre, mais l'arbitre est nécessaire, même s´il n'interviendrait jamais, c'est le principe dissuasif, comme la détention de la bombe nucléaire et le basouka en finance publique.
 
Nous pensons qu'il est préférable  d'entrer dans l'architecture institutionnelle prévue par la décentralisation acte III, de ne pas supprimer de strates, afin de progresser aussi rapidement que le national.
 
Sur le contenu nous adresserons au gouvernement des propositions que nous développerons dans le cadre du Projet Guadeloupéen de Société sur les blocs de compétences et leur répartition, le pouvoir fiscal, l'expression politique des îles du sud, notre intégration dans la zone caraïbe, le transfert des compétences et des moyens.
 
Ce choix représente une option raisonnable  de rester dans l'architecture de la loi LEBRANCHU. Il nous appartient,  de faire nos propositions au Gouvernement afin qu’elles correspondent au plus près aux attentes de notre population.
 
La démocratie territoriale est en marche, nous en serons des acteurs actifs, nous ferons partie de ses bâtisseurs par la pertinence de nos propositions. Nous affirmerons notre volonté politique de mettre en place un pouvoir local encore plus démocratique et plus efficace. Nous travaillerons pour améliorer  le quotidien des guadeloupéens et la préparation de l'avenir de notre territoire. Là est notre devoir.