SIDANBAROM

INDIENS GUADELOUPE

Discours pour la Cérémonie d’ouverture

des 150 ans de la naissance d’Henry Moutou Sidambarom

Basse- Terre, Le 16 février 2013

À l’Archipel  – Scène Nationale de la Guadeloupe

 

Monsieur le ministre des outre-mer,

Madame l a préfète de région,

Monsieur le représentant du président du conseil général de la Guadeloupe,

Mesdames, messieurs les élus,

Monsieur le président du comité Sidambarom,

Monsieur le président du comité de pilotage pour la commémoration des 150 ans de la naissance d’Henry Sidambarom,

Mesdames, messieurs les présidents et membres d’associations culturelles indiennes de Guadeloupe,

Mesdames, messieurs en vos grades et qualités.

 

…/…

 

C’est pour moi un honneur et une profonde satisfaction d’être ici ce soir, afin de célébrer l’ouverture de cette année de commémoration des  150 ans de la naissance d’un illustre guadeloupéen. Par sa lutte acharnée, Monsieur Henry MOUTOU SIDAMBAROM marqua à jamais de son empreinte le grand livre des libertés acquises par des hommes et des femmes de Guadeloupe.

La présidente de région, Josette BOREL LINCERTIN est retenue par d’autres obligations hors de la Guadeloupe. Elle me charge de vous transmettre son message chaleureux d’amitiés. Elle me demande de vous assurer du soutien de la région, à cette année de commémoration qui, elle l’espère, éclairera comme il se doit, la vie et le combat menés par ce fils d’immigrés indiens, vie et combat étroitement liés aux fondations de la Guadeloupe.

L’histoire de cet homme qui commence en 1854, constitue comme celle d’autres illustres personnages un marqueur de notre histoire, peu de temps après l’accession à la liberté des hommes d'ébène.

Nous le savons, les conditions de vie de ces indiens commandés par le Conseil Général de la Guadeloupe aux autorités françaises de l’époque, contre salaire, pour remplacer les anciens esclaves dans les plantations de canne, n’était pas tellement différente de celle des  esclaves.

C’est dans une Guadeloupe post esclavagiste traversée par des antagonismes entre anciens esclaves et indiens,  C'est sur le terrain politique que Henry MOUTOU SIDANBAROM choisira de mener la lutte pour l’amélioration des conditions de vie des indiens de Guadeloupe. 

La détermination et  la témérité de ce jeune indien sont exemplaires et nous rappellent aujourd’hui, que toutes les causes, toutes les luttes, quand elles sont justes et portées avec abnégation finissent par triompher, quelque soit l’adversité.

La cause défendue par Henry Sidambarom était juste. Elle a permis près de soixante-dix ans plus tard, le 21 avril 1923, la reconnaissance des droits civiques et la citoyenneté française aux indiens de la Guadeloupe.

L’obtention de cette nationalité française est un acte historique marquant, qui a d'ailleurs fait jurisprudence dans les autres colonies françaises. Elle a symbolisé la reconnaissance de la dignité de ces femmes et de ces hommes qui adoptèrent cette terre et qui durent lutter pour la reconnaissance de leur place et de leur contribution au développement de la Guadeloupe.

La Région est très sensible à cette grande cause humaniste menée par cet homme de dimension universelle. C’est pourquoi sous l’impulsion de notre ancien président de région, Victorin LUREL, la collectivité régionale a décidé d’accompagner le comité de pilotage dans sa démarche de commémoration des 150 ans de la naissance de ce grand guadeloupéen. Nous sommes en effet convaincus, qu’à travers les manifestations qui sont prévues, de nombreux guadeloupéens pourront découvrir ou se réapproprier l’œuvre et la personnalité d’Henry Sidambarom.

A travers son message,  celui « d’aller à l’école de la République pour devenir leurs égaux », Henry Sidambarom avait souhaité que chaque enfant d’indiens puisse bénéficier d’un niveau d’étude lui permettant d’accéder à des postes de responsabilité, voire même aux plus hautes fonctions de la République.  Aujourd’hui de nombreux descendants d’immigrés indiens, participent activement, au développement économique, social, culturel et politique de notre région et en cela  il a fait preuve d'un pragmatisme empreint d'un esprit de  visionnaire.

Cette pensée n’est pas sans rappeler l’action de la Région Guadeloupe, qui œuvre pour que les jeunes de notre archipel puissent prétendre à un niveau de formation de qualité, permettant de construire la Guadeloupe de demain, une Guadeloupe ouverte sur le monde et forte de la diversité de ses origines.

L’intérêt que nous portons à l'apport des indiens témoigne de la reconnaissance de sa place dans la culture guadeloupéenne. Il s’agit là, d’une part  intégrante de notre héritage culturel, qui s’exprime au travers des chants tamouls, du son du matalon, des talons et du tapou, des danses, des célébrations cultuelles et de notre cuisine.

Le Conseil Régional a bien compris l’importance d’accompagner les associations culturelles indiennes dans leurs projets. La présidente de région a ici même dans cette salle, au mois de novembre dernier, décerné, à titre posthume, un Elwa d’or à Clermont Lalsingué, chantre de la culture indienne,  qui a eu à cœur, tout au long de son existence de perpétuer et de transmettre à sa descendance les traditions.

Au-delà même du combat mené par Henry Sidambarom, la Région entend se souvenir de cet homme qui laisse derrière lui un héritage considérable et un message d’espoir, dont il nous revient de faire connaitre aux générations futures la  fierté d’être  un citoyen à part entière.

Cette année 2013 est aussi l’année commémorative du centenaire de la naissance d’Aimé CESAIRE. Dans le cahier d’un retour au pays natal, l’illustre poète martiniquais invitait, dans son approche universelle de la négritude, les indiens à renouer avec leur racines, pour mieux articuler leurs cultures avec toutes les autres qui constituent le creuset de notre diversité et de nos héritages.

Nous pouvons, nous devons être fiers de la société guadeloupéenne. Elle est le fruit d’histoires douloureuses mais elle adresse aujourd’hui au monde son image moderne de la conjugaison harmonieuse de ses ancestralités. Nous sommes chacun et tout à la fois.  Notre culture est proprement guadeloupéenne, plurielle et riche de ses racines multiples.

Nous voyons bien aujourd’hui, dans ce grand mouvement de mondialisation qui ramène chacun à l’universalité, ce que notre culture porte en elle comme atouts, et combien elle nous prédispose à nous y adapter avec sans doute plus de facilités que d’autres.

Je vous remercie.