imageInterview de Jocelyn SAPOTILLE à propos de la collectivité unique 

Propos recueillis le 2 mars 2013

Jacques Lafont

Le congrès des élus se réunit le 15 mars 2013, la question de la collectivité unique sera posée, quelle sera votre position?

Je crois que la Guadeloupe doit évoluer quant à sa capacité de pouvoir prendre localement certaines décisions et que contrairement à ce qui se dit, la collectivité unique n’est ni le moyen le plus rapide, ni le moyen miracle qui pourrait nous permettre d’y arriver. La Guadeloupe pourrait un jour évoluer vers une collectivité unique mais lancer aujourd’hui ce débat et cette transformation serait une erreur.

Que reprochez-vous à la collectivité unique ? 

A la collectivité unique intrinsèquement rien, mais quand on parle de collectivité unique, de laquelle parle-t-on ? Chacun voit la collectivité unique selon son prisme idéologique. Pour certains c’est un moyen de s’écarter du schéma hexagonale, donc c’est le prisme identitaire pour construire une autonomie ou une indépendance. Pour d’autres c’est juste une simplification administrative avec une recherche de cohérence et de rationalisation. Le mix des deux existe aussi. C’est peut être pour cela que tous ceux qui en veulent en parlent mais aucun ne présente réellement un projet institutionnel. Le jour où ils commenceront à en discuter ils ne seront plus d’accord et c’est le gouvernement qui tranchera à leur place. Regardez ce qui se passe en Martinique et en Guyane.

Oui mais vous n’avez pas répondu à ma question. La collectivité unique peut-être quand même une avancée, deux collectivités pour un seul territoire ça n’a pas de sens, on pourrait faire des économies de personnels, diminuer le nombre d’élus ? 

Je n’avais pas fini ma réponse. C’est le processus de transformation en collectivité unique qui sera préjudiciable à la Guadeloupe. Toute transformation institutionnelle crée une période de crise et d’incertitudes. Nous ne souhaitons pas ajouter de la crise à la crise, ce n’est pas le moment, les choses sont difficiles et la solution n’est pas dans les institutions mais dans l’économie.

Alors selon vous il ne faut rien faire, c’est le statu quo, n’est-ce pas une position réactionnaire surtout pour un socialiste et particulièrement vous qui étiez à l’UNEEG ? 

Nous ne sommes pas pour le statu quo et je réfute cette idée qui prétend qu’être pour la collectivité unique serait automatiquement progressiste et ceux qui seraient contre sont donc des assimilationnistes et des réactionnaires. 

Savez-vous que la Guadeloupe a déjà connu la collectivité unique ? Avant la création de la Région nous étions en collectivité unique avec le département. Cela ne nous a pas épargné de la crise de l’industrie sucrière, des grandes grèves de la canne et du bâtiment, du BUMIDOM qui a vidé la Guadeloupe de sa jeunesse. Ce sont les lois de décentralisation qui ont amorcé le début de compétences locales de nos élus. La simplification n’a pas apporté plus d’efficacité à l’époque.

Vous dites que vous n’êtes pas pour le statu quo c’est quand même ce que vous faites, c’est la position de votre parti ?

Notre position est d’avancer sur le fond, sans supprimer nécessairement une collectivité. Nous pensons qu’actuellement, il faut travailler sur les compétences, les moyens et les politiques publiques pour faire face à la crise et améliorer le développement de la Guadeloupe.

La cohérence et la rationalisation n’ont pas besoin de la collectivité unique, elles peuvent se réaliser par une clarification des compétences entre les collectivités et qui ne concerne pas d’ailleurs que Le Département et la Région mais aussi les EPCI et les Communes.

C’est ce que prévoit l’acte III de la décentralisation.

Par ailleurs je vous informe que même sans l’acte III de la décentralisation les guadeloupéens peuvent décider de clarifier les compétences entre le Département et la Région. Cependant nous avons besoin de cette loi pour intégrer les EPCI et les Communes, on en parle pas mais c’est aussi un enjeu important. Il y a beaucoup d’incohérences de ce côté-là.

Je ne vois pas comment les élus pourront travailler efficacement à la fois la mise en place de l’acte III de la décentralisation qui apporte les vraies compétences et la construction d’une collectivité unique. C’est impossible, on ne peut pas digérer les deux en même temps.

Concrètement c’est quoi l’acte III de la décentralisation ?

L’acte III de la décentralisation c’est le renforcement des compétences locales des deux collectivités Région et Département. Mais c’est aussi le moment opportun de faire passer des demandes de compétences propres à la Guadeloupe et de nouvelles habilitations. Donc voyez-vous il n’y a pas de statu quo. 

C’est aussi une clarification des compétences entre l’Etat et les collectivités, entre le Département et la Région mais aussi entre Département Région EPCI et Etat.

N’avez-vous pas l’impression que le message ne passe pas et que vous êtes incompris, que le peuple ne suit pas ? 

Vous avez peut-être raison. Le peuple ne voit pas la nécessité d’évolution institutionnelle, il ne voit peut être pas non plus la nécessité de l’acte III de la décentralisation. Le peuple attend des résultats, des politiques publiques.

C’est pour cela que nous disons que pour renouer avec la confiance du peuple il faut aller vers la solution qui donne des résultats, avec assurance et sécurisation. 

La collectivité unique n’a aucune valeur ajoutée propre, tout ce qu’elle peut produire est possible sans elle, en moins de temps, sans mettre en panne le pays pendant au moins quatre ans.

Intrinsèquement la collectivité unique n’est pas plus que les compétences de la Région et du Département avec une organisation que nous ignorons, avec peut être un système moins démocratique que celui d’aujourd’hui et à coup sûr moins de moyens.

Le progrès est dans le fond, les compétences.