Le bouclier qualité-prix est désormais installé partout. Que vat-il se passer après ?
Les arrêtés devraient être pris bientôt avec peut-être un petit report dans certains départements comme la Guadeloupe où le secrétaire général aux affaires régionales a dû partir et un préfet remplacé. Au total, on a entre 10 et 13% de baisse des prix en attendant de conclure les négociations avec les transporteurs pour le fret, mais ça prendra plus de temps, avec les Régions pour l'octroi de mer. Si on arrivait à un accord avec les collectivités, j'espère que ce sera répercuté. Ce n'est pas simple parce qu'il y va des ressources des Régions, des communes et du conseil général en Guyane. Il faut être prudent, mais on a de belles perspectives. Je sais que les gens sont impatients et qu'ils voudraient un one shot tout de suite et des baisses importantes.
Qu'en est-il des exclusivités d'importation ?
Les exclusivités d'importation sont en train de se défaire et on le vérifiera très bientôt. C'est un lourd travail. Nous avons quelques contacts avec certaines entreprises. Elles doivent défaire ce qui a été fait pendant des décennies pour revoir des liens commerciaux, des exclusivités qui leur avaient été octroyées et ce n'est pas facile. Nous le faisons dans un esprit de concorde. Il ne faut pas stigmatiser les entreprises. Nous espérons qu'elles comprendront. Dans la négociation du bouclier qualité-prix du chariot type, ça s'est globalement bien passé même si j'estime qu'on peut encore aller beaucoup plus loin. La loi s'applique et continuera de s'appliquer.
Concrètement, quand le consommateur des Dom verra ces prix affichés dans les magasins ?
On devrait au plus tard commencer à en sentir les effets le 15 mars, date à laquelle tous les arrêtés préfectoraux seront pris. En Guadeloupe, comme à Mayotte, en Martinique et à La Réunion, il faut un autre arrêté pour une autre catégorie d'entreprises. Là, on a du 800 ou du 1 000 m2 ; il faut, à mon sens un bouclier qualité-prix avec moins de produits, peut-être une cinquantaine pour les surfaces de 400 a 800 m2 parce qu'on ne trouve pas 100 produits dans les petites surfaces. J'ai demandé à la préfète de la Guadeloupe de continuer les négociations afin que nous ayons des catégories d'épicerie de surface moindre. Je demande un peu de patience aux gens parce qu'il s'agit de vie et de survie d'entreprises et de pouvoir d'achat de consommateurs et de ménages.
Où en est-on sur les carburants ?
Aujourd'hui, si ce n'est la dernière hausse de 1 à 6 centimes selon les carburants, on a à peu près les mêmes prix qu'il y a 10 ou 12 mois. Mais il faut revoir le décret. J'estime que les marges sont trop importantes. C'est la raison pour laquelle j'ai refusé, mercredi dernier, d'approuver le budget prévisionnel de certaines compagnies pétrolières. En même temps, il faut préserver la vie des entreprises, le profit et c'est normal mais il faut qu'il soit raisonnable. C'est un combat de tous les jours que nous conduisons et je ne suis pas insatisfait de ce que nous avons obtenu depuis déjà neuf mois. Mais il faut faire encore mieux, j'en suis conscient.
Depuis votre nomination à Oudinot, vous dites qu'il faut reformer le décret Penchard sur les carburants. Qu'attendez-vous pour le faire ?
J'attends que tout le monde soit d'accord parce qu'il y a un lobbying du milieu des affaires et puis, il y a plusieurs ministères dans l'affaire. Je comprends d'ailleurs que le décret de 2010 ait été fait dans ces conditions-là. Ce décret n'est pas bon et surtout l'arrêté de méthode. Le décret aurait pu rester comme ça, mais ce qui est grave, c'est l'arrêté de méthode pris par le préfet de région de la Martinique, parce que c'est la que la Sara a son siège (la SRPP, à La Réunion, c'est autre chose mais avec des marges tout aussi importantes). Ces arrêtés de méthode fixent les pourcentages et les marges pour le stockage, le raffinage, la distribution... La distribution, c'est compliqué. Est-ce qu'on a le courage de dire aux détaillants, aux compagnies qui font les locations gérance, aux salariés que nous devons faire un effort pour le pouvoir d'achat ? C'est du courage politique. En échouant ou en réussissant, j'aurai le courage de dire aux uns et aux autres, nous sommes tous comptables des résultats. Je ne suis pas seul, le gouvernement n'est pas seul mais on a pris des engagements et on ira au bout.
La lutte contre la vie chère est très loin d'être simple...
On négocie depuis de longs mois pour qu'on ne dise pas qu'on a imposé les choses. Chacun cherche, d'ailleurs, à me court-circuiter en allant directement a l'Élysée, à Matignon ou à Bercy pour se plaindre que le ministère des Outre-mers veut faire sans eux et contre eux. Je crois au profit, à l'entreprise, à la prise de risque mais il faut aussi respecter les consommateurs. Il faut donc des bénéfices, des marges et des prix raisonnables. Je veux préserver les bénéfices des entreprises et, pour le moment, ils sont conséquents, tout en préservant le pouvoir d'achat.
Mais j'ai une contrainte ; il ne faut pas faire rêver les consommateurs parce que le pétrole va augmenter sur le long terme. La demande est forte et l'offre n'est pas suffisante donc, sur le long terme, le prix va augmenter. Mais ce n'est pas une raison pour matraquer les gens. Je suis convaincu qu'on peut trouver des choses raisonnables. Mon travail c'est de le faire comprendre et l'admettre. J'y réussis particulièrement bien, mais je veux aller plus loin.